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Le Potentiel va plus loin avec Eugène Diomi Ndongala Nzomambu Par Marcel lutete
Connu pour être franc et direct, Eugène Diomi Ndongala Nzomambu, il y a peu ministre des Mines dans le gouvernement de transition, n’a pas dérogé à sa nature de tous les jours. Aussi n’a-t-il pas mis la langue dans la poche lorsqu’il a répondu aux questions du Potentiel portant essentiellement sur son passage à la tête du ministère des Mines, sur l’état du secteur minier, sur la fraude et les réseaux maffieux qui y opèrent, sur le travail qu’il a abattu durant son mandat et sur les obstacles à surmonter pour bien gérer les ressources minières du Congo… C’est en fait un coin du voile que M. Eugène Diomi Ndongala a levé sur la mafia qui a pris en otage le secteur minier congolais, en attendant d’en faire des révélations accablantes dans un livre qu’il est en train de préparer à cet effet. Entrevue avec Eugène Diomi Ndongala Nzomambu, ancien ministre des Mines et président national de la Démocratie Chrétienne, son parti politique.
Mon travail au sein du ministère des Mines s’est basé sur la volonté d’affirmer « la force de la loi » sur la « loi de la force ». Concrètement, il fallait passer de la logique dominante du régime précédent, synthétisée magistralement par l’art.2 de l’Accord de Lemera, selon laquelle « le sol et le sous-sol appartenaient à l’Afdl », à une logique managériale, basée sur le respect des règles de droit de l’ordonnancement juridique minier congolais. En d’autres termes, permettre la réappropriation de la part de l’Etat congolais de ses ressources naturelles, jusqu’à ce moment « privatisées », tant à l’est qu’à l’ouest de la Rdc, au bénéfice de clans et groupes d’intérêts et de leurs alliés militaires. Le défi était énorme, les obstacles érigés contre cette démarche nombreux, les connexions maffieuses très puissantes. Et si l’on considère que les 72% des exportations de la Rdc sont représentés par les produits miniers, il est évident que le premier objectif à atteindre ait été celui d’accroître les recettes générées par le secteur minier et celui de l’exportation légale des diamants plus particulièrement, afin de soutenir notre économie et singulièrement notre balance de paiement avec des effets directs sur notre monnaie nationale. A ce sujet, les résultats économiques que nous avons atteints ont été remarquables, car nous avons plus que doublé l’exportation certifiée de matières précieuses fin 2003 avec environ 680 millions de dollars de diamants exportés en 2003 alors que, à mon entrée aux Mines, la moyenne annuelle ne dépassait pas les 260 millions de dollars. Nous avons poursuivi sur la même tendance, surtout avec la neutralisation de la fraude qui passait par le Congo Brazzaville, en juillet 2004, pour terminer avec une valeur d’exportation annuelle de plus de 800 millions de dollars. POTENTIEL / Y a-t-il eu d’autres dividendes pour le pays ? Comme reconnu par de multiples notes mensuelles de conjoncture de la Banque centrale du Congo qui a souvent salué explicitement les performances du ‘secteur minier, cela a permis au franc congolais de l’époque de rester stable, grâce au matelas de devises produites par ce secteur. Le prix du cobalt, dont la Rdc est un de principaux producteurs mondiaux, avait rejoint des niveaux exceptionnels pendant que je dirigeais ce ministère. Et ce, grâce à la réduction des sorties en fraude et, par conséquent, à la maîtrise, de la part de la Rdc, du prix du marché international à travers le contrôle des flux d’exportation par un nouveau système de vérification et certification à l’exportation, très combattu, d’ailleurs, par les fraudeurs au Katanga, habitués à exporter sans qu’on ne sache la teneur de leurs exportations. Tout cela a permis une augmentation totale des recettes du secteur minier, relatives aux seuls diamants et cobalt, de 300 millions de dollars avant mon entrée audit ministère, à 1 milliard et 200 millions de dollars au moment où nous l’avons quitté. Vous savez qu’en matière économique, ce sont les chiffres qui comptent et les chiffres témoignent que nous avons fait du bon boulot aux mines. POTENTIEL / Quels ont été alors les axes fondamentaux du travail que vous avez abattu ? Comme axes fondamentaux de mon travail, il y avait notamment : 1. l’accroissement des recettes minières qui ont renfloué directement les caisses de la Bcc, car tous les payements étaient effectués directement au Trésor public; 2. l’utilisation de techniques de gestion de type managérial ; 3. Une lutte acharnée contre la fraude et les réseaux maffieux qui constituaient les fondations de la privatisation de l’exploitation des ressources minières de la Rdc selon la logique d’héritage afdelien ; 4. L’attraction des investisseurs étrangers, afin de permettre l’éclosion d’une industrie minière qui doit prendre la place de l’exploitation artisanale. Dommage que ces performances semblent appartenir déjà au passé, car on a assisté, depuis quelques mois, à une baisse importante dans le secteur minier. Et cela a des effets négatifs immédiats sur notre économie, particulièrement sur la tenue de notre monnaie nationale qui, par conséquent, dégringole. Sur le front des investissements, les investisseurs, qui se sentaient en confiance il y a seulement quelques mois, se font rares aujourd’hui. Cela est fort dommage pour notre pays et dangereux pour le maintien des objectifs de croissance de notre économie. POTENTIEL / Comment avez-vous trouvé le secteur minier à votre arrivée à la tête de ce ministère ? D’abord, j’avais été désigné dans le cadre du Dialogue intercongolais au « ministère des Mines et Hydrocarbures ». Mais curieusement, dès mon arrivée, le ministère a été anarchiquement amputé de sa partie « Hydrocarbures ». Ce qui provoqua la signature sous réserve de ma part, du procès-verbal de remise et reprise. D’autant plus que l’art. 3, alinéa 2, de la Constitution de la transition, s’oppose expressément au détournement des attributs de la puissance publique à des fins personnelles pour la réalisation d’intérêts partisans ou pour faciliter l’ingérence d’une institution ou d’un service public dans le fonctionnement d’une autre institution ou d’un autre service. C’est seulement a posteriori, par un arrangement dans l’espace présidentiel, que cette anomalie a été juridiquement couverte. Mais cet épisode était plus que symbolique des obstacles à surmonter pour bien gérer les ressources minières du Congo. C’est vous dire qu’avant même mon entrée au gouvernement, le complot pour contrecarrer mon action était déjà en marche. En ce qui concerne l’état général du secteur, il faut avouer qu’ il était peu encourageant : entre 1937 et 1966, la Rdc comptait 48 entreprises minières contre 38 entre 1967 et 1997. Il en restait seulement 8 depuis 1997. Cette situation de désinvestissement inquiétait quand on sait que les pays limitrophes comme la République du Congo, le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et la République Centrafricaine avaient réalisé ces dernières années des recettes minières étonnantes sans disposer des gisements miniers pouvant les justifier. Avant juin 2003, les exportations en valeur du secteur du diamant ne dépassaient pas les 250 millions de dollars, à cause de la fraude massive. Cette situation désolante était le résultat autant des exportations frauduleuses que de la guerre d’agression qu’avait connue la Rdc. A mon entrée au ministère des mines, plusieurs études concordantes dégageaient un manque à gagner pour l’Etat congolais de l’ordre de 450.000.000 $ US avec une avancée inquiétante du secteur artisanal au détriment de celui industriel en ce qui concerne les minerais tels que le diamant, le coltan, la cassitérite, le malachite et surtout l’hétérogenite. POTENTIEL / Y a-t-il eu de problèmes sur le plan administratif ? Sur le plan administratif, le ministère des mines dont j’ai hérité n’était plus celui de mon prédécesseur d’avant la formation du gouvernement de transition. En effet, au-delà de l’amputation du portefeuille des hydrocarbures, ce ministère avait été vidé de toute une série de prérogatives à la veille de la mise en place du gouvernement de transition. Le Ceec, Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses congolaises, par exemple, qui auparavant était un service du ministère sous la dénomination de Cne, avait été transformé en entreprise publique – alors qu’il ne produit pas de service mais il demeure « un service » du ministère par rapport au Code minier et aux activités qu’il exerce. Le Cadastre minier avait été également doté d’une autonomie de fonctionnement qui réduisait l’action du ministre à la simple signature finale dans l’octroi des titres miniers et enfin, un personnel démotivé, privé de moyens de fonctionnement d’une administration stratégique pour notre économie. Même les fonds qui, précédemment, étaient consacrés à la lutte contre la fraude, avaient été retirés de la compétence du ministère, toujours à la veille de mon installation, pour être dévolus au Ceec, qui n’a pourtant pas les instruments techniques, juridiques et humains pour lutter contre la fraude minière ! J’ai pu obtenir par le Conseil des ministres l’octroi d’une partie de fonds pour lutter contre la fraude, fonds qui avaient été cédés au Ceec, mais le décret présidentiel qui devait sanctionner cette décision souveraine du Conseil des ministres n’a jamais été promulgué, jusqu’aujourd’hui. POTENTIEL / Dans quel état avez-vous laissé le secteur minier au moment où vous quittiez le ministère ? Quand j’ai quitté le ministère des Mines, le Ceec aurait dû déjà redevenir un service de l’administration des mines sur la base de la nouvelle stratégie décidée en matière de gestion du portefeuille de l’état. Mais cette décision programmatique n’a pas été concrétisée. En d’autres termes, toute une série de décisions stratégiques adoptées à mon initiative par le Conseil des ministres, sont restées lettre morte par faute de promulgation du décret de la part du chef de l’Etat ou bien à cause de freins exercés dans l’espace présidentiel pour bloquer cette démarche qui n’était plus la mienne mais celle du Conseil des ministres dans son ensemble. Le cadastre minier, sous mon mandat, a été entièrement informatisé ; des nouvelles entreprises du secteur minier ont vu le jour et les recettes mensuelles du secteur des diamants ont augmenté d’environ 200%. La fraude minière, qui était évaluée à 450 millions de dollars de pertes par an, a été réduite de moitié et aurait pu être complètement maîtrisée avec l’accroissement des ressources attribuées au ministère des mines, comme je l’ai déjà souligné. En quelque sorte, la lutte contre la fraude a été politiquement freinée, à cause de la non application des décisions adoptées en conseil des ministres faute de promulgation des décrets y afférents ou d’application des décisions programmatiques. Cependant, les résultats concrets obtenus prouvent qu’on peut faire beaucoup dans le secteur minier si l’on a les moyens et la volonté politique exprimée par une vision politique générale cohérente et vouée à la sauvegarde des intérêts nationaux. Malgré les entraves érigées pour bloquer mon travail, les résultats sont documentés et probants. Les chiffres que je viens de donner, vérifiables dans les notes de conjointure mensuelles de la Banque centrale du Congo, parlent d’eux- mêmes. POTENTIEL / Peut-on conclure que les réseaux maffieux ont été plus forts que vous au point d’avoir obtenu votre départ du gouvernement ? Chaque fois que Diomi Ndongala bloquait une opération minière qu’il estimait non conforme aux textes régissant le secteur ou prenait une mesure disciplinaire contre un haut fonctionnaire de son ministère coupable d’un acte délictueux lié à un dossier minier ou administratif, des prophètes de malheurs me donnaient automatiquement partant de l’équipe gouvernementale. C’était le cas lors du colis vendu pour le compte de la Miba en août 2003 sur base d’un certificat de Kimberley signé par le vice-ministre des Mines (Pprd) alors qu’il n’avait pas qualité conformément à la loi. On avait assisté à une levée des boucliers contre le patron du ministère des Mines alors que ce dernier tenait à la juste révision de certaines clauses, manifestement inacceptables, du contrat liant la Miba à la société Emaxon. Chose que, d’ailleurs, j’ai bel et bien obtenue de la part du Conseil d’administration de la Miba. La dénonciation que j’ai faite auprès de la justice congolaise des détournements des wagons de cuivre de la Gecamines, de la sortie en fraude d’un diamant d’une valeur de 17 millions de dollars dont s’occupe encore aujourd’hui l’Interpol, le verouillement du système de certification qui empêchait l’émission de certificats parallèles, ont fait en sorte que les héritiers de l’Afdl se soient sentis dépouillés du « sol et du sous sol congolais » dont – en privé – ils continuaient à revendiquer l’héritage…. Etant un ministre issu de l’opposition politique, une composante faiblement représentée dans l’espace présidentiel, où l’opposition non armée est réduite à mener une dégradante « politique de service », il a été relativement facile de conjuguer les efforts pour permettre que le Congo revienne, malheureusement, à la logique de l’accord de Lemera en ce qui concerne les ressources minières. Le combat, comme j’ai déjà souligné, a été celui de la confrontation entre la « force de la loi » et « la loi de la force ». Si le complot a réussi, cela veut dire que malheureusement au Congo d’aujourd’hui, la force de la loi ne l’emporte pas sur la loi de la force. POTENTIEL / La mise en place du processus de Kimberley est-elle une opération salutaire pour notre pays ? Comment appréciez-vous l’expulsion du Congo-Brazza de ce processus ? Le processus de Kimberley est extrêmement salutaire pour la Rdc. Nous avons, à ce propos, innové au point de lancer un site Internet où tous les certificats de Kimberley émis chaque jour par le ministère étaient régulièrement affichés. Malheureusement, cette initiative de transparence a été déjà abandonnée. Et pourtant, elle avait permis à beaucoup de responsables de pays acheteurs de vérifier en temps réel la légalité des diamants en provenance de la Rdc et de nous informer à propos de sorties en fraude non inventoriées sur nos listes publiées sur le net. Nous étions le seul pays du processus à être à l’avant-garde dans la transparence et d’ailleurs, la dernière mission du Kimberley process en Rdc en octobre 2004, avait salué le « professionnalisme de l’administration minière de la Rdc dans l’application stricte des règles du processus », exprimant son plein « satisfecit ». Le système de certification nous aide à combattre la fraude et à empêcher l’utilisation de cet argent pour l’alimentation des circuits clandestins d’achats d’armes et de blanchiment des capitaux. Et il ne faut pas oublier que par ces mêmes armes on tue des congolais. En ce qui concerne l’expulsion du Congo Brazza du Kimberley Process, cela a été une décision souveraine des pays membres du processus, qui ont estimé que ce pays ne respectait pas les règles établies pour continuer à en être membre. Il faut aussi avouer que, au lendemain de l’expulsion du Congo Brazza du Kimberley Process, nous avons enregistré à Kinshasa un record d’exportations de diamants, avec plus de 80 millions de dollars d’exportations certifiées – à part la production Miba - dans le seul mois de juillet 2004. Cela prouve bien quelque chose. Mon objectif était, aussi, de démontrer que d’autres pays auraient du être sanctionnés par le processus de Kimberley et notre saisie du processus à ce sujet était déjà sur la bonne voie, avec l’instruction en acte du dossier. J’espère que la démarche sera poursuivie même s’il faut une application exemplaire des règles de la part de l’administration minière de la Rdc pour que nos revendications soient prises en compte, comme ce fut le cas pour le dossier du Congo Brazza. POTENTIEL / Etes-vous parti avec de bonnes impressions sur la manière dont le Ceec et le Cadastre minier fonctionnent par rapport à leur mission ? Selon les dispositions prévues par l’Accord global et inclusif en matière de répartition des postes de responsabilités ministérielles aux différentes composantes concernées par la formule 1+4, il était établi que le ministère des Mines relevait du champ de gestion de l’opposition politique non armée. Mais pour éviter que le Ceec ne fonctionne sous tutelle du ministère des mines, le précédent gouvernement avait pris les devants et avait émis le décret n° 036/2003 portant création et statut d’une entreprise publique dénommée « Ceec » tout en le rendant public avec beaucoup de retard par rapport à son adoption, le 24 mars 2003. J’ai plusieurs fois demandé la suspension de l’Adg du Ceec pour des faits très graves, comme par exemple la modification unilatérale – à des fins inavouées – du document de certifications des diamants, et cela à l’insu du ministre des mines qui est le seul signataire reconnu des certificats de Kimberley, mais les hautes protections ont couvert l’Adg au point que, pour le sauver à tout prix, on a préféré immoler un ministre des mines trop gênant sur l’autel d’une campagne médiatique qui a érigé un écran de fumée sur les véritables responsables de la corruption en Rdc. En ce qui concerne le Cadastre minier, après la suspension de son directeur, sur demande pressante, entre autres, de la Banque mondiale scandalisée par les agissements légers de l’ancien vice-ministre des Mines de Laurent Désiré Kabila nommé au Cadastre minier par l’actuel chef de l’Etat, le général-major Joseph Kabila, je n’ai pas eu de problèmes majeurs, même si le pire avait été déjà fait avant mon entrée en fonction, comme l’attribution d’importants gisements déjà répertoriés sans appel d’offres – en violation de la loi minière - en faveur de certains dignitaires du régime afdelien. POTENTIEL / La question de la tutelle du ministère des Mines sur des entreprises comme la Miba a soulevé beaucoup de vagues. Quelles leçons en avez-vous tirées ? La direction de la Miba n’a jamais voulu travailler en bonne intelligence avec le ministère de tutelle : l’Adg le la Miba, en effet, répondait essentiellement au cabinet du Président de la République. A mon entrée en fonction, un contrat léonin qui hypothéquait pendant plusieurs années 88% de la production entière de la Miba m’a été tout simplement « caché ». Ce contrat, en effet, a été signé secrètement à la veille de l’entrée en fonctions du gouvernement de transition et il fait partie de la série noire de contrats et actes qui, à la veille de mon entrée en fonctions, devaient être exclus de mon contrôle et de ma compétence des domaines fondamentaux du secteur minier. Le contrat Emaxon avait essentiellement cette fonction et il fait partie des contrats qui font l’objet d’investigation de la part de la commission parlementaire de contrôle sur les contrats signés en période de guerre. Actuellement, la Miba et sa production échappent complètement au contrôle de l’exécutif de transition. En attendant la décision de la commission parlementaire qui évalue les contrats signés pendant la guerre, j’ai quand même obtenu la révision de certaines clauses, ouvertement et scandaleusement défavorables à l’Etat congolais. Ma marge de manœuvre sur ce contrat qui continue à gérer la presque-totalité de la production de la Miba et qui m’a été caché à mon entrée en fonctions par l’Adg de la Miba, ne pouvait pas aller juridiquement au-delà. A la Miba on a même essayé et on essaye encore d’hypothéquer de la même façon le 12 % de production qui reste en dehors du contrat Emaxon. Personnellement, je me suis toujours opposé à cela mais il faut que les congolais restent vigilants et empêchent cette tentative de privatisation totale et « sui generis » du fleuron de l’industrie congolaise du diamant. POTENTIEL / Il vous avait été reproché d’avoir signé des centaines d’arrêtés, conduisant notamment à votre suspension. Que dites-vous de ces récriminations ? Au lendemain de l’exclusion du Congo Brazza, on a cherché ouvertement ma tête. Ne pouvant pas trouver des tares dans ma gestion, les inspirateurs de cette cabale ont pensé épingler la question de la signature des arrêtés. Il faut savoir que selon l’actuel Code minier, le ministre des Mines doit nécessairement prendre une série de décisions sous forme d’arrêté : le simple renouvellement d’une carte pour un exploitant minier, par exemple, l’octroi d’un titre de la part du Cadastre minier requiert aussi la signature d’un arrêté de la part du ministre, mais elle n’est même plus indispensable dans la mesure où l’octroi est de la compétence du Cadastre minier en tant qu’entité autonome. Au point qu’après 30 jours de la transmission du dossier au ministère des mines, le Cadastre minier peut, selon la loi, octroyer le titre minier « d’office », selon le principe administratif du silence- consentement. C’est pour vous dire que dans ce secteur, la signature de l’arrêté, de la part du ministre, a souvent une fonction de contrôle et vérification et non plus d’octroi d’un titre ou bien d’un privilège. En d’autres termes, il faut avouer que le législateur a fait de l’administration minière une administration « centralisée » où toute une série d’actes, même banals et de différentes portées, doivent être adoptés par un arrêté du ministre. Le même phénomène d’ailleurs se passe au ministère de la Justice, par exemple, et dans beaucoup d’autres ministères. En ce qui me concerne, j’ai transmis la liste complète de tous les arrêtés que j’ai signés dès mon entrée en fonctions à la Commission économico-financière qui, après les avoir évalués un à un, a statué pour leur totale conformité à la loi. Cela est repris dans un procès-verbal de l’Ecofin et toute polémique à ce sujet est devenue désormais ridicule. C’est pour vous dire que tous les actes que j’ai signés ont été reconnus par le gouvernement de transition comme nécessaires et conformes à la loi minière, qu’il faudra peut-être modifier, pour désengorger la masse d’actes contraignants que le ministre a l’obligation de signer. Personnellement, je suis un partisan de la décentralisation de la décision administrative, mais ce n’est pas le ministre des mines qui fait la loi : il est tenu à la respecter. Et l’exécuter à la lettre par des actes administratifs. POTENTIEL / Deux mois après avoir quitté le gouvernement à la suite du rapport de la Commission dite Bakandeja, continuez-vous à soutenir que vous avez été victime d’un règlement de comptes ? Le coup mortel qu’on a infligé à l’Accord global et inclusif ainsi qu’à la Constitution de la Transition n’a pas terminé d’avoir ses effets sur la vie politique congolaise. Comment comprendre qu’un ministre de la République soit incriminé pour des faits qui ne sont même pas de son ressort et même pas de sa compétence institutionnelle ? Comment expliquer qu’on puisse suspendre anarchiquement des membres d’un gouvernement de transition post-conflit, issus sur la base d’un accord politique qui ne prévoit pas la « suspension » des membres de l’exécutif ? Que le parlement instaure une commission « sui generis » en violation flagrante de son propre Règlement d’ordre intérieur pour arracher une mesure de « censure » qui, d’ailleurs, est expressément interdite par la Constitution de la Transition ? Qu’on reproche à un membre de l’exécutif des faits en dehors des procédures prévues par l’ordonnancement juridique congolais : je cite l’interpellation, la question écrite, la constitution en conformité avec le règlement d’ordre intérieur d’une « commission d’enquête » sur des faits circonstanciés ? Sans considérer que nous avons été sanctionnés sans pouvoir exercer aucun droit de réponse ni de défense. POTENTIEL / Vous
considérez-vous blanc comme neige ? D’abord, j’aurais bien voulu savoir quel était l’objet de la corruption dont j’aurais été l’auteur, ou bien le montant de cette corruption et ses modalités pratiques car cela n’est pas du tout dit dans le rapport de la commission dite Bakandeja. C’est comme accuser quelqu’un d’un homicide sans être en mesure de donner ni l’identité de la prétendue victime ni dire où se trouve le cadavre ! Le problème est qu’il aurait été trop gênant pour ceux qui ont boutiqué cette cabale d’ expliquer publiquement comment ils pouvaient sérieusement accuser un membre de l’exécutif de corruption au détriment des entreprises publiques sous sa gestion alors que toutes les entreprises publiques sous sa tutelle ont été jugées parfaitement saines du point de vue de leur administration. Comment ne pas ridiculiser tout un pays en accusant un membre de l’Exécutif de la construction d’un pont bascule à Kasumbalesa, alors que c’est l’Ofida et le ministère des finances qui l’ont construit ; ou bien lui reprocher la mauvaise gestion de Crgm, un service géologique qui, depuis plus de 20 ans, ne dépend plus de la tutelle du ministère des Mines mais de celle de la Recherche scientifique !!! Et ceux-ci seraient des actes de corruption ? Le problème, désormais, va bien au-delà de la personne de l’un ou l’autre membre du gouvernement soumis à cette procédure inconstitutionnelle : le problème est qu’on a touché le cœur et les équilibres fondamentaux de l’Accord global et même l’essence des rapports constitutionnels entre le pouvoir Exécutif et le pouvoir Législatif. Cela est la conséquence logique d’avoir voulu, encore une fois, imposer « la loi de la force » plutôt que « la force de la loi », dans un système politique qui fatigue, désormais, à se présenter encore comme un Etat de Droit. Quand dans un pays se vérifient ces anomalies constitutionnelles, c’est comme si l’on tue l’Etat de droit, et avec lui la source de sa légitimité.
POTENTIEL / Hier ministre des Mines, comment passez-vous vos journées maintenant que vous n’êtes plus que président national de la Dc ? A présent, j’ai tout simplement récupéré certaines charges dans la gestion du parti, que j’avais confiées à mes collaborateurs. La redynamisation tous azimuts des activités du parti ainsi que son organisation moderne en vue de la préparation des élections sont des activités qui requièrent beaucoup de temps et de disponibilité. Les italiens disent : « La lutta continua ! ». POTENTIEL / Comment expliquez-vous que, dans les sondages, la Dc et son président national soient souvent plébiscités dans le carré d’as de plus grands partis politiques du pays ? La Démocratie chrétienne est une réalité politique présente désormais dans toutes les provinces de la Rdc. Contrairement à d’autres formations politiques, nous sommes un parti de masse, qui s’adresse à la population congolaise avec un message clair, crédible et basé sur l’idéologie démocrate-chrétienne. Notre candidature à l’Internationale Démocrate Chrétienne (IDC) vient d’être avalisée à son dernier congrès qui s’est tenu à Paris début février 2005, réunissant les dirigeants des partis politiques d’inspiration démocrate-chrétienne du monde entier. Cela démontre notre crédibilité même à l’échelle internationale. Cependant, notre vocation reste celle d’un parti populaire : d’ailleurs le dernier meeting du 4 janvier au Stade des Martyrs a bien donné la température de la vivacité de la D.C. sur le terrain politique. POTENTIEL / Quelle est l’essence du discours que vous avez tenu le 4 janvier au stade des Martyrs ? Au-delà des cabales et des complots menés contre nous, justement à cause de notre popularité qui inquiète certains adversaires politiques, nos compatriotes ne cessent d’adhérer à notre parti qui s’adresse à tous les congolais, à leur système de valeurs pour offrir un programme politique qui fait renaître l’espoir de notre population dans le Congo, dans ses ressources humaines et dans la capacité de notre peuple d’assumer son rôle d’acteur de son émancipation. Nous avons confiance dans les capacités des congolais et les congolais nous font confiance. « Le Congo aux Congolais », qui est tout un programme, tout un leitmotiv pour un peuple qui doit prendre en main ses destinées pour un Congo prospère, fort et démocratique, est désormais sur les lèvres de tous les kinois depuis le 4 janvier 2005. POTENTIEL / Croyez-vous en la tenue des élections dans le délai constitutionnel ? Personnellement, je n’aime pas du tout l’hypocrisie cachée derrière cette expression de « délai constitutionnel ». Soyons clairs et précis : la Constitution de la Transition prévoit la fin de la transition politique le 30 juin 2005. Pour des raisons « exclusivement » de caractère technique et pas « politique », il est prévu la possibilité d’une prolongation de 6 mois renouvelables 1 fois. Or, cela signifie que tout doit être prêt pour la tenue des élections avant le 30 juin. En particulier, que tout l’appareil législatif nécessaire à la tenue des élections doit être déjà adopté ainsi que la Constitution post-élections qui doit être adoptée, entre autres, par référendum. Si à l’échéance du 30 Juin, nous allons nous retrouver dans la situation de morosité qui règne déjà au sein des actuelles institutions, où le gouvernement ne se réunit que rarement et le parlement vient à peine de sortir de sa vacance, alors que tout un arsenal juridique doit encore être adopté, sans considérer que le budget 2005 lui-même n’a pas encore été voté …. Si l’on arrive dans ce climat de morosité au 30 Juin, est-ce qu’il faudra évoquer la prolongation de la transition pour des raisons « techniques » ou plutôt « politiques » ? Et s’il s’agira de prolongation « politique », j’estime que la majorité de notre peuple n’est pas prête à cautionner cela. Comment omprendre qu’à quelques mois de l’échéance du 30 Juin, un climat de répression et intimidation s’impose sur la scène politique congolaise ? Les résultats positifs en matière économique qui avaient été obtenus ont été érodés alors que rien n’est fait sur le plan social. Au contraire, l’inflation est devenue subitement galopante, et sur le plan de la concrétisation des objectifs de la transition, le gouvernement n’arrive pas à faire aboutir ses programmes. Et dans ce cadre de dysfonctionnement des institutions de la transition, on assiste à la manifestation d’un réflexe répressif, particulièrement inquiétant en cette période pre-eléctorale. Cela n’est certainement pas un indice de la volonté politique de faire aboutir le processus électoral en Rdc. D’autant plus qu’à travers une manœuvre opaque, on a touché maladroitement aux équilibres fondamentaux de l’exécutif de transition : nous avons un gouvernement objectivement déséquilibré, dominé désormais totalement par les composantes belligérantes, qui ne manifestent aucun empressement d’aller aux élections. POTENTIEL / Pareil tableau ne donne-t-il pas lieu à une appréciation politique de votre part? Ce tableau implique aussi un jugement politique : dans quel cadre politique sommes-nous à présent ? A mon avis, le cadre actuel n’est plus exactement celui de l’Accord politique global signé à Pretoria. Ce pouvoir est-il vraiment celui consensuel, positif, pragmatique prévu par le Dialogue intercongolais pour amener le Congo aux élections et régi souverainement par la Constitution de la Transition, qui protège les droits fondamentaux des congolais, ou bien ce pouvoir a manifesté d’autres objectifs incompatibles avec ceux décidés par les congolais réunis en Dialogue intercongolais ? Allons-nous accepter de prolonger, après le 30 Juin, le « régime issu du Dialogue Intercongolais » ou bien « le régime qui a pris subrepticement sa place » ? C’est cela l’enjeu du report de la fin de la transition après le 30 juin 2005. Et la majorité des congolais apprécie dans toute son importance la signification de cet enjeu. POTENTIEL / Quelles sont les ambitions de la Dc aux prochaines échéances électorales et de son président national que vous êtes? Nous sommes déjà enregistrés au ministère de l’intérieur comme un des partis qui prendront part aux élections à tous les niveaux. Au stade actuel, nous ne connaissons pas le profil exigé pour briguer un mandat politique représentatif. Cela est inquiétant à quelques mois de la fin de la Transition mais c’est une réalité commune à tous. D’autant plus que ce qui compte, à ce stade, n’est pas tellement la place qu’on veut briguer mais la possibilité donnée à toutes les formations politiques de battre campagne sans subir des discriminations ou bien des intimidations. J’ai déjà dénoncé cette dérive au cours d’une conférence de presse il y a quelques semaines. Mais nous avons encore subi cela le 16 février 2005 avec l’empêchement de la marche pacifique légalement autorisée que notre parti avait organisée. Les échos que nous recevons des provinces nous confirment que cette réalité de discrimination dans le traitement des formations politiques se constate sur toute l’étendue du territoire de la RDC. Il me semble que nous sommes très loin d’un sain cadre pre-électoral. Nous attendons ce cadre pour nous prononcer. Faire autrement serait irréaliste, car on ne peut pas battre campagne, comme aujourd’hui, à l’ombre des kalachnikovs ! Droits
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