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CINQ QUESTIONS A DIOMI NDONGALA
POTENTIEL 14/02/2008


"Franchement, à la Démocratie Chrétienne, nous
estimons que la République vit actuellement dans un
état d’abandon..."

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" LE POTENTIEL"

Eugène Diomi Ndongala : «Le manque de
cohésion gouvernementale expose la nation
à des conséquences graves sur le plan
politique et diplomatique».

Par  Marcel lutete

Président de Démocratie chrétienne, Eugène Diomi Ndongala s’est confié au Potentiel
en début de semaine. Dans cette interview exclusive, il fait une analyse sans
complaisance de la situation politique, sécuritaire, économique et sociale de la RDC.
Entrevue.


Vous êtes le président de Démocratie chrétienne, un parti politique de l’opposition qui a
récemment pris position contre la manière dont la Conférence de paix de Goma a été
organisée. Persistez-vous dans vos critiques, à la lumière de la publication de l’Acte d’
engagement de Goma entre les belligérants ?

Depuis février 2007, mon parti a publié une mise en garde concernant la politique
peu cohérente menée par l’actuel Exécutif en matière sécuritaire, en ce qui
concerne particulièrement le phénomène spécifiquement congolais du «jonglage
des alliances». Un phénomène qui constituait et constitue encore aujourd’hui, à
notre avis, une menace pour la paix. Malheureusement, nos précoces mises en
garde n’ont pas été entendues.

Nous avons prévenu le gouvernement sur les dangers consécutifs au mixage des
troupes du général mutin Nkunda avec les FARDC, et cela à cause de la
superficialité dans le traitement des tenants et aboutissants de ce processus qui n’
était pas favorable à la sécurisation des populations congolaises, le vrai objectif à
poursuivre…

Actuellement, nous assistons à une revisitation des mêmes principes qui ont amené
à l’échec du mixage des troupes, avec l’aggravation de la création d’une zone dite «
tampon » abandonnée entre les mains des « anciens » rebelles du général Nkunda
et des autres groupes armés et cela sans établir un quelconque « timing »
concernant le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur ces territoires entièrement
soumis à une « administration autonome » à temps indéterminé.

Quel tableau en ressort-il ?

Le tableau qui en ressort est extrêmement inquiétant d’autant plus que la
normalisation et la finalisation du processus de l’Acte d’engagement signé à Goma
sont subordonnées à l’application de l’Accord de Naïrobi, lequel intime à la RDC de
désarmer - même par la force - les FDLR des hutu rwandais.

Depuis la fondation de l’AFDL, qui a marqué le commencement au Congo Kinshasa
de la plus grave crise humanitaire au monde après la seconde Guerre mondiale, les
forces armées congolaises – et en général les populations congolaises – sont
prises en tenailles entre, d’un côté, l’alliance avec les tutsi rwandais et, de l’autre,
celle avec les hutu rwandais.

Cet éternel jonglage des alliances est à la base de la déstabilisation générale de
deux Kivu et, par conséquent, de l’ensemble de la République.

A notre avis, ce n’est pas en s’engageant à faire la guerre aux uns ou bien aux
autres que la RDC pourra retrouver la paix.
Les autorités politiques de ce pays devraient focaliser leur attention sur la
sécurisation de la population congolaise dans son ensemble et rejeter le principe
de combattre éternellement sur son territoire une guerre par procuration.

Et quand on sait qu’à peine le 4 février 2008, à la suite d’une rencontre entre
officiels congolais et ougandais, la déclaration commune souscrite à la fin des
consultations entre les parties réintroduit le mouvement CNDP du général Nkunda
dans la liste des forces négatives à neutraliser, sans nommer les FDLR, il nous
semble que le manque de cohésion gouvernementale expose la nation à des
conséquences graves sur le plan politique et diplomatique, car le phénomène du
jonglage des alliances semble être une malheureuse constante de la politique
sécuritaire et diplomatique congolaise.

Qu’est-ce que vous inspire cette attitude ?

Cette fâcheuse attitude décrédibilise profondément l’action du gouvernement, qui
ne semble pas être en mesure de concrétiser les engagements souscrits. Cette
incohérence se répercute nécessairement sur la sécurité des populations
congolaises, déjà victimes de déplacements massifs et toutes sortes de violations
gravissimes de leurs droits fondamentaux.

Egalement, il ne faudra pas négliger le contexte international actuel.

En effet, dans la dynamique politique internationale actuelle, marquée par celle qui
est présentée « urbi et orbi » comme la prochaine déclaration d’indépendance du
Kosovo (province de l’ancienne ex-Yougoslavie peuplée par la minorité albanaise),
le manque de lucidité des actuels animateurs des institutions politiques pourrait
conduire les deux régions du Nord et du Sud Kivu à une menace de « Kosovisation
». D’autant plus qu’une implication supplétive, toujours plus marquée, de la
communauté internationale et, parallèlement, un affaiblissement manifeste de l’Etat
congolais dans le traitement des questions sécuritaires, sont des indices qui n’
augurent pas des jours heureux pour les provinces du Nord et du Sud Kivu et ses
populations déplacées.

Cela est dans la nature des rapports internationaux : le Congo démocratique ne
peut pas s’attendre à ce que les autres pays agissent à son nom et selon son
intérêt. Un Etat qui se dérobe de ses responsabilités et ses prérogatives
régaliennes est destiné à disparaître.

Nous pensons que les conférenciers de Goma, au moins ceux qui ont effectivement
pris part aux négociations aboutissant à l’Acte d’engagement, auraient dû prendre
en compte l’analyse des causes de la débâcle de Mushake – à l’instar de ce qu’ont
fait les autorités politiques et militaires en Israël, par exemple, après les revers
militaires subis au Liban – afin de donner une vision claire et objective de la
question sécuritaire au Nord et au Sud-Kivu et de l’état de santé de l’armée à qui
incombe en priorité la protection des citoyens.

Quelle est votre appréciation de la situation politique, économique et sociale actuelle
de la RDC ?

Franchement, à la Démocratie chrétienne, nous estimons que la République vit
actuellement dans un état d’abandon.

Le grand élan collectif de reconstruction et de mise au travail de la population
congolaise n’a pas été au rendez-vous après la mise en place des nouvelles
institutions issues d’un processus électoral, très fallacieux d’ailleurs. Tous les
indicateurs socio-économiques sont au rouge et, plus grave encore, les gens ont
perdu l’espoir dans un changement positif qui tarde à se matérialiser.
Les rigidités constatées dans la démocratisation de l’action des institutions
politiques et les faiblesses programmatiques en matière économique, sont les deux
faces de la même médaille ainsi que les conséquences néfastes de la même
politique « autiste » et « myope » prônée par l’actuel Exécutif.

La mise en place du programme économique du gouvernement, doublée de sa
focalisation sur les cinq chantiers du programme du président de la République, est-
elle satisfaisante, à votre avis ?

Selon le programme socio-économique prôné par notre parti, la relance de l’
économie congolaise devrait avoir comme « leviers de développement » la
production interne, la création de nouvelles infrastructures qui donnerait du travail
à la population ainsi qu’une attention accrue orientée vers la création d’
opportunités de travail.

Nous estimons qu’il s’agit là des leviers du « New Deal » pour un Congo stable et
capable d’engager toutes ses énergies positives vers la reconstruction. Les
investissements positifs pour les Congolais sont ceux qui donnent du travail et qui
permettent de créer de la richesse selon le schéma économique du multiplicateur
de Keynes.

Les investissements spéculatifs de ceux qui achètent dans le secteur minier, par
exemple, pour parier le lendemain en bourse ou bien pour donner du travail à des
entreprises et travailleurs étrangers importés en masse, ne sont pas créateurs de
richesses pour le Congo mais plus souvent d’endettement, surtout si ces «
investissements » sont basés sur des « deals » aux contours obscurs. Qu’on se le
dise…

Comment se dessine alors la réalité quotidienne des Congolais ?

La réalité quotidienne des Congolais est celle d’un pays encore en proie aux
démons de la division, caractérisé par le manque de transparence dans la gestion
publique ; un pays où il n’existe aucun souci « d’accountability » - ou bien du sens
de la « responsabilité politique ».
Le traitement du rapport sur la révision des contrats miniers est un cas
emblématique de cette politique basée sur l’effet d’annonce sans lendemain.

Après les séminaires, les réunions fleuve, les conférences ou bien les commissions
parlementaires et leurs rapports, la mise en application des décisions est toujours
aléatoire, comme si les institutions congolaises sont frappées par « un mal obscur »
qui les empêche de dépasser le stade des actions de propagande et promotion
narcissiste de leur propre image et passer à celui de la solution des problèmes
concrets des citoyens.

Ce « mal obscur », qui curieusement caractérise beaucoup de régimes despotiques,
risque d’enfermer la RDC, encore une fois, dans le cercle vicieux de la prise du
pouvoir par les armes.

Que faut-il faire, dans ce cas ?

Pour éviter cela, la RDC a urgemment besoin d’un changement de cap.

A cet effet, sur le plan des programmes et de l’action politique, il faudra ajouter au
moins trois chapitres fondamentaux aux 5 « chantiers » prônés par la propagande
du régime : ceux de la réforme de l’Administration publique – car une administration
publique inefficace entrave toute action de reconstruction -, de la réforme de l’
armée et de la justice.

En particulier, la Démocratie chrétienne demande aux dirigeants au pouvoir de
respecter l’indépendance de la magistrature et de ne pas interférer dans les
nominations des magistrats qui, constitutionnellement, relèvent du Haut Conseil de
la Magistrature. En effet, il serait opportun – et conformément à la séparation des
pouvoirs sanctionnée par l’actuelle Constitution – de surseoir aux récentes
nominations effectuées « de motu proprio » par le chef de l’Etat, pour attendre, à
cet effet, la mise en place prochaine du Haut Conseil de la Magistrature.

Cet « aggiornamento » général de l’appareil étatique devrait s’appliquer en
parallèle avec un véritable «réveil politique» capable de redynamiser les rapports
entre pouvoir et opposition politique, assurer la liberté d’expression à tous les
niveaux ainsi que le droit de critique, dans un climat de sécurité juridique assurée à
tous les Congolais, indépendamment de leur appartenance politique, de leur statut
social ou bien de leur origine ethnique.

La tenue des élections a-t-elle marqué effectivement un tournant dans la politique
congolaise ?

Il existe un grand décalage entre ce à quoi les Congolais s’attendaient après les
élections et le système politique qui s’est installé par la suite. Il serait d’ailleurs
opportun de tenir compte des analyses objectives d’importantes organisations
indépendantes des droits de l’homme comme Human Right Watch qui, dans son
récent rapport annuel, publié le 1er février 2008, stigmatise d’un côté la mauvaise
foi des gouvernements occidentaux qui acceptent toujours les élections les plus
douteuses lorsque le gagnant est un allié stratégique ou commercial.
De l’autre côté, le même rapport nous donne la liste de récentes « élections
manipulées » tenues dans différents Etats, citant nommément le cas de la RDC…

Voilà pourquoi il est impératif pour les dirigeants congolais au pouvoir de ne pas
concevoir leur position d’une manière statique, s’ouvrant, bien au contraire, à l’
apport constructif de toutes les forces politiques capables de contribuer à la
stabilisation du pays.

Comment, selon vous, peut se réaliser ce changement de cap ?

Ce changement de cap devrait se réaliser sur deux plans :
Premièrement, à travers un « aggiornamento » du programme à exécuter
effectivement et avec urgence. Deuxièmement, en prônant un réveil politique dont
le Congo démocratique a énormément besoin afin d’assurer sa survie dans sa
dimension actuelle.
Un Congo qui continuera à être divisé, instable, pauvre et sans défense sera
exposé, plus que d’autres Etats riches en matières premières, à la balkanisation.

Votre parti est-il prêt à participer aux élections locales ?

Ce choix sera adopté par la Convention politique que la Démocratie chrétienne
organisera dans les prochaines semaines, en toute cohérence avec le
fonctionnement interne « démocratique » de ses organes directeurs.

Au niveau des organes dirigeants du parti, des questions très précises ont été déjà
posées à propos du manque d’actualisation des fichiers électoraux, qui ne peuvent
pas être considérés comme immuables éternellement après des années. Il y a aussi
le problème de la nouvelle structure de la CENI à mettre en place jusqu’aujourd’
hui…Et cela ne semble pas être une priorité.
Ces préalables sont logiques et légitimes. D’ailleurs, avec les graves manquements
dans l’organisation des élections passées, il serait naïf de notre part de cautionner
un processus défaillant qui ne rassure personne et qui enfoncerait la RDC encore
plus dans le cercle vicieux de l’instabilité politique.

Car, nous estimons que des élections mal organisées sont porteuses de conflits et
d’instabilité plutôt que de démocratie et de bonne gouvernance.

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14/02/2008
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