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«  Trop de sang est en train de couler inutilement en terre Kongo »
Interview avec Eugene Diomi Ndongala
Forum des As, 04/03/2007

LA RDC ATTRAVERSE UNE PHASE QU’ON POURRAIT DEFINIR ‘TROUBLEE’.
QUELLES SONT LES CAUSES DE CETTE CRISE GENERALISEE, A VOTRE
AVIS?


Le désenchantement post - électoral a provoqué le réveil de forces centrifuges qui sont
orientées surtout  vers trois directions :

le
Kongo Central, le Grand  Kivu ainsi que le Katanga.

Les extrémistes sécessionnistes, sous diverses bannières et exploitant  différentes
stratégies,  sont en train de chevaucher ouvertement le mécontentement populaire pour
atteindre leurs objectifs autonomistes et cela, sans que les institutions en place ne donnent
l’impression d’appréhender la gravité de la situation, en répondant tardivement aux urgences
par la dénonciation de « théories du complot » où bien par « la répression militaire ».

Au Kongo Central, ce phénomène  ce manifeste par une forme de résistance  de la parte de
la population, à la quelle l’on voudrait faire face exclusivement par la répression violente –
que je ne peut que condamner
car trop de sang est en train de couler inutilement en
terre Kongo, après les élections
- , alors que rien  de concret n’a  été fait, jusqu’ à
présent, pour entendre les doléances et les revendications politiques,
économiques et de véritable  « représentation  institutionnelle »  des Ne kongo.

Des nombreuses enquêtes parlementaires sont restées lettre morte, alors que grande est
la frustration politique des Nekongo
à la suite des résultats proclamés après les
élections,  et cela à tous les niveaux….

Manifestement, le gouvernatorat de province manque de leadership et il est incapable de
focaliser les énergies des populations du Kongo Central vers des objectifs de paix et de
développement.

Cette faiblesse du leadership au pouvoir  ne fait qu’accroitre les sentiments de frustration
politique et la demande  de changement dans cette province stratégique du Congo.
Les Nekongo répètent - à ceux qui veulent l’entendre -
qu’ils réfutent d’être colonisés
chez-eux et que le moment est venu pour  qu’ils puissent collectivement bénéficier
des richesses qu’ils produisent.

Face à une décentralisation factice et dont la concrétisation  continue à être
renvoyée aux calendes grecques, il ne faudra pas s’étonner  si le manque de
confiance des populations dans les élites dites « élues »,  empêche les  institutions
de faire valoir l’autorité de l’état sur la terre Kongo.

J’ai utilisé l’expression « faire valoir » et non le verbe « imposer » car j’estime que l’
autorité de l’état ne s’impose pas par la violence, surtout dans une démocratie.

Il se pose manifestement un problème de légitimation et reconnaissance de la part des  
Nekongo envers  les actuelles autorités centrales et provinciales.

Voilà pourquoi ce peuple est en train de s’enfermer sur ses structures
traditionnelles de gestion de l’ordre public  et de la justice, la nature ayant
notamment « horreur du vide »…

Ce phénomène peut être résolu et géré si  et seulement si l’on s’attarde à rechercher les
vraies causes de ce profond sentiment de
frustration et  de répression que dénoncent les
populations du Kongo Central.

Au Katanga, l’inertie du gouvernement central face à la dynamique provinciale risque de
réveiller les anciens démons sécessionnistes, surtout dans une province qui concentre l’
essentiel connu des ressources minières de la RDC.

Au Nord et au  Sud Kivu, la gestion contradictoire de la crise ainsi que l’exécrable
phénomène du jonglage des alliances ne fait qu’accentuer la confusion et le nombre des
déplacés.

C’est dans le grand Kivu que le risque de
« kosovisation » est le plus élevé, surtout après
l’échec de l’ acte d engagement de Goma et le maintien de la part de la formation politico-
militaire du général rebelle Laurent Nkunda, du total control des territoires sous son emprise,
et cela, en plus,  à temps indéterminé…

L’acte d’engagement que le général rebelle pourra toujours brandir pour justifier « son »
administration, ne prévoyant pas de timing au rétablissement de l’autorité de l’Etat sur les
territoires occupés par les troupes non brassées.

Maintenant que tous les signataires se retirent de l’engagement souscrit, il ne reste que la
situation
« de facto » qui n’est manifestement pas à l’avantage du gouvernement de la RDC.

COMMENT LE GOUVERNEMENT PEUT-IL FAIRE FACE A CETTE SITUATION
GENERALE QUI MENACE LA STABILITE DE LA RDC ?

Le moment des théories abstraites ou des hypothèses d’école est révolu.
Concrètement, Il n’y a que deux seules solutions possibles :

1.       
 Le recours à la force et la déclaration d’un état d’urgence, avec les dérives
totalitaires qui logiquement vont accompagner ce choix : répression violente ; arrêt
du processus de démocratisation ; impossibilité de relance économique à cause de
l’état d’exception qui n’est pas propice aux affaires et à l’investissement ; graves
limitations des droits civils et politiques des citoyens.
Ce choix répressif ne fera qu’aggraver l’isolement de la RDC au plan diplomatique,
en l’exposant aussi au risque d’un bouleversement de régime.

2.        La seule alternative à ce scénario très sombre, est le recours à une solution
politique courageuse, qui dépasse les clivages des bannières politiques et qui se
focalise immédiatement sur la relance économique interne, le lancement d’un
processus de démocratisation crédible et un contrat de décentralisation sérieux  
avec les entités décentralisées.
Sur le plan diplomatique, le moment est venu pour la RDC de faire des choix de fond
cohérents qui rendent notre ligne diplomatique intelligible.

DANS LE CONTEXTE D’ INSTABILITE ECONOMIQUE AU NIVEAU  
INTERNATIONAL, AVEC LA CRISE DITE DES SUB-PRIME,
L’AUGMENTATION GEOMETRIQUE DU PRIX DU PETROLE ET LA CHUTE DU
DOLLAR, CROYEZ-VOUS POSSIBLE LA RELANCE L’ECONOMIE DE
LA RDC ?

Malgré les incohérences en matière de politique économique et les faiblesses dans la gestion
des fonds publics –
non respect de la chaine des dépensés, dérapages et sous-
évaluations budgétaires, reprise de l’inflation due essentiellement à le retour à la
planche à billet sans contrepartie dans la balance des payements
– nous assistons à
une véritable
dynamique du secteur privé qui n’attend qu’à profiter d’une stabilité
réelle  
et d’une politique d’accompagnement pour fonctionner à la vitesse maximale.

Certes, la situation internationale délicate sur le plan économique nous impose encore plus
un impératif de rigueur et de   lisibilité en ce qui concerne nos choix en matière
économique et de coopération internationale
; j’estime que le moment est venu pour la
RDC d’arrêter d’ enfermer  son économie dans la logique d’un
« comptoir », car ce manque
de vision est à la base de   la paupérisation des masses congolaises,  alors que le pays est
potentiellement riche.

COMMENT PEUT-ON CORRIGER LE PARADOXE D’UN PAYS
POTENTIELLEMENT RICHE ET  D UNE POPULATION EXTREMENT
PAUVRE ?   
  

Pour corriger ce paradoxe qui nous hante depuis l’indépendance, il faudra commencer, entre
autre,  par arrêter de concevoir les infrastructures exclusivement comme la construction
d’œuvres, car dans un pays comme le notre,  où la population est pratiquement dépourvue de
pouvoir d’achat, une réponse efficace à la pauvreté généralisée est celle de  la création
d’emploie local.

Dans cette optique,  la construction d’infrastructures doit aussi et surtout être conçue comme
une occasion pour
mettre au travail une population qui peut ainsi profiter  - à travers
une politique Keynésienne des investissements -
des retombés économiques des ces
grands travaux  dont l’économie en général, et les populations locales en
particulier,  ont« effectivement » besoin.

Imaginer qu’en confiant la construction  des certains œuvres à des forces et compagnies
étrangères et selon le besoin de leurs exploitations minières, on pourra créer richesse, c’est
une erreur.

En effet,  la création d’infrastructures  par  des travailleurs étrangers  et, en plus,
essentiellement pour l’évacuation des minerais que certains puissances  exportent à l’état
brut, ne fait qu’enfermer l’économie de la RDC dans la dimension extravertie d’une économie
de
« comptoir » .

La RDC peut et elle doit se libérer une fois pour toutes de l’enfermement d’une « économie
de comptoir » si elle veut lancer son véritable développement économique et social.

En bref, la sortie de la crise actuelle implique du courage et
l’abandon des vieux démons de
la politique zaïro-congolaise :
je me réfère au
« reflexe répressif » et « l’indifférence face aux besoins primaires et
aux revendications  politiques des congolais ».

Cela est le véritable changement de cap dont le Congo a urgemment besoin s’il
veut neutraliser à temps les forces extrémistes et centrifuges qui menacent son
unité

FDA, 04/03/2008